Un vieil homme, un enfant obèse, une maison volante accrochée à une multitude de ballons, des chiens qui parlent et la quête des « chutes du paradis », reconnaissons que, comme à leur habitude, les studios Pixar savent mêler références érudites, en convoquant Le vieil homme et la mer d'Hemingway, rêveries d'enfant, avec la recherche effrénée par le jeune héros de la collection complète des décorations de son club de boy-scouts, et renvois ironiques et distanciés à la société contemporaine, que ce soit par le biais de l'obésité dudit jeune héros, ou par la présence menaçante de jeunes hommes en costume cravate, insensibles aux constructions de leurs aînés.
Après un très sérieux Wall-E, qui abordait ni plus ni moins que la fin de l'humanité telle que nous la connaissons, voilà que les studios Pixar choisissent de s'attaquer à la fin de vie, à la vieillesse, et osent aborder frontalement le sujet de la mort. Car Là-Haut est avant tout l'histoire, éternellement recommencée, de la transmission d'une génération à l'autre du poids d'un monde et, dans le meilleur des cas, de rêves et d'idéaux, lentement écornés et rabougris par l'âge.
M. Fredricksen, vieil homme dont la vie nous est contée au cours d'un prologue muet et bouleversant, se rapproche lentement du cimetière, à peine rattaché à la vie par le souvenir de sa défunte épouse. Russell est un pauvre gosse rêvant d'aventure, souffrant de l'absence d'un père et se cherchant un modèle auprès duquel grandir. Bien entendu, ils sont faits l'un pour l'autre, c'est tellement énorme dès le départ que Pixar ne peut bien évidemment pas jouer l'effet de surprise. Alors, pour éviter l'écueil, les concepteurs du film vont miser sur un ressort qu'ils maîtrisent généralement bien, le scénario à couches multiples.
Ce scénario, outre le fait qu'il offre aux plus jeunes une aventure pleine d'action (de haute tenue) et de rebondissements (suffisamment loufoques pour ne pas lasser), tisse avec tendresse souvent, gravité voire tristesse parfois, un métier dévoilant sans fausse pudeur les affres de la vieillesse, la crainte de la mort, son acceptation, et la mélancolie de l'inéluctable départ. Car en miroir du gentil M. Fredricksen se dresse le sinistre Charles Muntz, aventurier jusqu'au-boutiste assoiffé de gloire, qui, là où Fredricksen offre le spectacle de l'acceptation sage de la vieillesse et de la mort, s'obstine à vouloir narguer et transcender ces dernières en gravant son nom dans les livres d'histoire.
Bien sûr, en bons Américains qu'ils sont, les gens de Pixar n'oublient jamais, pour enrober cette substance sérieuse et pas forcément attirante de premier abord pour le jeune (ou le grand) public, de jouer sur l'émotion et de titiller les glandes lacrimales. Il faut reconnaître qu'ils déploient un certain talent en la matière, sachant jouer avec rouerie de la figure attendrissante de l'animal (le gros oiseau à la recherche de ses petits, le gamin innocent, les chiens-chiens bien dressés et sympathiques) et de quelques figures de style et exercices d'écriture plutôt bien sentis (le prologue muet déjà évoqué).
Plus important, d'une certaine façon, que tout ce qui a a été dit jusqu'à présent, Pixar continue à tracer sa route, à se renouveler, à ne pas pondre suite sur suite, et in fine à innover dans un environnement cinématographique par ailleurs bien moribond. Ils ont de l'audace, comme disait Danton. Et tout simplement du talent. |