
| THE FOUNTAIN | ||||||
| Un film de Darren Aronofsky (2006) | ||||||
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Mélo Mégalo. Bon, histoire de modérer un peu l’enthousiasme de mes prédécesseurs je vais de ce pas me pencher sur le dernier film d’Aronovsky. Pour moi ce film est une très grosse déception. Attendue depuis un bon bout de temps, cette nouvelle oeuvre du réalisateur du génial Pi et du très bon Requiem for a Dream s’annonçait fort sympathique avec son development hell de longue haleine et son sujet (la quête de l’immortalité). Pourtant c’est avec le sentiment d’avoir assisté à un ratage (presque) complet que l’on sort de la salle. En se posant comme le nouveau Paolo Coelho du grand écran, Aronovsky nous sert un film mièvre et prétentieux qui, s’il aborde des sujets intéressants et met en œuvre une direction artistique ainsi que des acteurs corrects, ne parvient à aucun moment à nous convaincre complètement. Tout d’abord, il faut reconnaître au film certains atouts. Le traitement visuel réservé aux deux dimensions fictives de l’histoire (le XVIème siècle et le soit disant futur éloigné situé par l’affiche, la bande annonce et tous ceux qui ont tout compris au film en 2500 post J.C.) est assez bien réussi dans un cas comme dans l’autre. L’obscurité utilisée comme métaphore de l’obscurantisme de l’inquisition et de l’aveuglement du conquistador est cohérente et permet au décorateur de faire du palais de la reine d’Espagne un véritable salon sorti tout droit d’un catalogue "Habitat" (les petites lampes suspendues sont vraiment du meilleur goût). Quand à l’"autre" partie, située dans l’espace (mais pas dans le temps, aucune date n’est mentionné dans le film si je ne m’abuse), la lumière de la compréhension, de l’acceptation et de la paix de l’âme est très joliment concrétisée par une débauche d’effets spéciaux dorés et miroitants. Pourtant l’ensemble ne fonctionne pas. Ou trop kitch ou pas assez, l’image s’avère être souvent à la limite du risible. On se souviendra longtemps de la scène de tai-chi en ombre chinoise sur fond étoilé et de l’apparition de Hugh Jackman en position du lotus, lévitant face à un sorcier inca furieux et quelque peu surpris. Ce que je reproche à Aronovsky c’est d’avoir avec ces deux univers fait les choses à moitié. L’un comme l’autre sont relativement originaux et la confrontation des deux l’est, elle, encore plus. Pourtant le réalisateur place la majeure partie du récit dans le présent, dans le réel, et c’est ce qui déséquilibre cette juxtaposition. L’histoire en elle même est assez simple mais est parasitée par plusieurs niveaux de narration compliqués et pas toujours très bien construits. Voici rapidement les grands traits du récit : un chirurgien très amoureux n’arrive pas à accepter la mort imminente de sa femme rongée par un cancer. Cherchant désespérément un moyen médical de sauver celle qu’il aime, Tom (Hugh Jackman) va peu à peu sombrer dans une folie qui l’amènera à bacler ses travaux de recherches et à délaisser sa femme. Celle-ci, pour décrire ce qu’elle est en train de vivre commence la rédaction d’un roman qu’elle situe au XVIème siècle et transpose sa vie sur le papier. Elle-même se donne le rôle de la reine d’Espagne, menacée par l’inquisition qui dévore le pays petit à petit. Son époux devient dans l’histoire un conquistador qui va se perdre dans la quête de la Fontaine de Jouvence (ou l’Arbre de Vie). En parallèle à cela nous est montré la cause de toutes cette glose qui entoure le film depuis sa sortie. Dans l’espace Tom, rasé et tatoué, est enfermé dans une bulle avec l’Arbre de vie et se dirige progressivement vers l’étoile Xibalba que les Mayas tenaient pour le lieu où se retrouve l’esprit après la mort. Imagination du Tom contemporain ou métaphore du cheminement de ses pensées, la réponse n’est pas donnée par le film mais l’interpénétration de cet univers avec celui du XVIème siècle et plusieurs éléments fantastiques me poussent à croire qu’il s’agit d’un univers de fiction comme l’est celui du roman. Là où le film pèche à nouveau c’est dans ce va et vient entre les différentes représentations des faits qui adviennent dans le réel. Très souvent en redite par rapport à ce qui nous est montré dans la partie qui se déroule au présent, ces deux dimensions fantasmatiques sont négligées et deviennent par là même superfétatoires. Il serait vain de continuer longtemps à parler du fond du récit sans connaître le véritable sens que le réalisateur à voulu donner à cette troisième "étape" qui se déroule dans l’espace. On peux toutefois revenir sur le présent, mélodramatique, habité par les larmes et l’apitoiement sur soi. Enrobé dans la musique de Clint Mansfell, qui, si sur les deux précédents métrages d’Aronovsky avait su trouver le juste ton, ne fait ici que meubler pompeusement la plupart du temps. Quelques envolées lyriques sont porteuses mais celles de John Williams l’étaient aussi ; où est donc passé l’innovation ? Les acteurs ne sont pas eux non plus extraordinaires même s’il faut reconnaître que certaines scènes fonctionnent et que l’émotion passe bien. Trop d’émotion peut-être ? Un autre point qui mérite d’être abordé est le fond scientifique et théologique de ce film. Les symboles sont venus en foule avec leurs lots d’inquisiteur chrétien destructeur, de guerriers mayas fanatiques (les mayas sont à la mode en ce moment), et d’un bouddhiste en lévitation… J’ai déjà vu un tel brassage… Dans Matrix bien sûr ! Mais là où dans le film des Wachovsky les références aux différentes théologies servaient à un film d’action, elle servent dans The Fountain à un mélo boursouflé. La mort étant déjà un sujet compliqué, Aronovsky n’aurait peut-être pas dû y adjoindre les thématiques du réel et du temps. On a pu comparer ce film à 2001 : A Space Odissey de Kubrick, mais sans vraiment chercher à voir qu’est-ce qu’Aronovsky avait à nous dire. Un mix entre ses précédents films et une ode à celle qu’il aime ; un pensum à milles lieues de toute subversion, et à la larme facile ; une réflexion cinématographique sur le représentation du réel grâce à la fiction… Aronovsky nous dit finalement que l’acceptation de la mort est la meilleur façon de lutter contre la peur que l’on en a. Ce qui est somme toute assez peu novateur et ne méritait pas un énième métrage sur le sujet. Cela étant dit, l’une de mes premières impression en sortant de la salle fut de penser que ce film trouverait un public. Non pas que je me sois dit qu’il y aurait bien des gens pour aimer un tel film mais plutôt que mon état d’esprit du moment ne m’avait pas permis une plongée sans retenue dans l’identification larmoyante à cette histoire. Trop imprégné, à mon goût, de cette émotion tire-larme et d’une certaine prétention, le dernier métrage d’Aronovsky ne m’a laissé qu’un arrière goût de nostalgie, d’héroïsme banal et de grand n’importe quoi culturel auquel je n’ai pas adhéré… par humeur sans doute. |
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Critique écrite par GroBill le 29/01/07 à 18:36 |
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Editée le 09/02/10 à 02:02 © AVISCINE : Un autre avis sur le cinéma http://www.aviscine.org |