
| GANGSTERS | ||||||
| Un film de Olivier Marchal (2001) | ||||||
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Lao Tseu et Machiavel au pays de la vertu (Gangsters) On connaît tous la silhouette, désormais familière, d’Olivier Marchal, flic télégénique, flic cinématographique, flic éternel …On a, à peu près, tout lu ou entendu sur sa jeunesse dans un collège de Jésuites à Bordeaux- ce qui teinte son œuvre cinématographique de réflexions sur la morale, nous y reviendrons, de son engagement au sein de la crim’ de Versailles puis dans la lutte antiterroriste, de ses cours de théâtre, de sa passion pour le jeu. Personnellement, j’ai découvert cet excellent comédien dans la série Quai n°1 dans lequel il était l’indéfectible partenaire de Marie Saint-Georges (« Marie-Gare »), fliquette émérite de la police ferroviaire incarnée par la comédienne Sophie Duez. O. Marchal insufflait, à son personnage une dimension humaniste, sensible, très rare à l’écran, au début des années 1990 au milieu des Navarro et autres Commissaire Moulin (série à laquelle il collaborait). Plus tard, il fit sa propre série Police District, sur le modèle des séries américaines dont la très populaire NYPD-Blue, qui retranscrit avec précision la vie d’une équipe d’inspecteurs dans un commissariat, en insistant sur les vicissitudes de ce métier et leurs conséquences sur la vie privée. Fort de son expérience télévisuelle, O. Marchal se lance dans la réalisation avec un premier court-métrage (Un Bon Flic) puis s’attache à une réalisation de plus grande envergure (Gangsters) avant de faire s’affronter deux grosses stars françaises (D. Auteuil et G. Depardieu) dans la superproduction 36, Quai des Orfèvres en 2004… Quoi qu’il en soit, tous ces films sont consacrés à la police, à ses rites initiatiques, ses mœurs (plus ou moins vénéneuses), ses désillusions, ses relations avec l’ennemi intime. C’est, donc, presque naturellement, ce dont il est question dans Gangsters….Autant le dire tout de suite, ce film n’est pas un chef-d’œuvre, le scénario, à la limite de l’indigent nous promène sur les pas d’un duo de flics atypiques en mission spéciale, afin de faire tomber une bande de dangereux flics ripoux. L’histoire conventionnelle et pas très bien menée nous incite à penser que l’ambition du film est ailleurs. La grande qualité du film, c’est de mettre en scène la vie de ces policiers qui ont tous une relation d’attraction-répulsion avec l’univers de l’argent, des malfrats, maffieux et criminels en tout genre. Tout y est reconstitué, l’ambiance sombre des clubs, la violence rituelle (particulièrement crue et bien sentie dans la scène de braquage de la boîte de nuit), les discussions remplies de tournures argotiques et jargonnesques d’un autre temps, la pression policière, les interrogatoires musclés, les sentiments à fleur de peau. L’action, malgré le scénario brouillon, est, quant à elle, rondement menée…même si l’on peut déplorer quelques scènes beaucoup moins bonnes : la première lorsque le personnage qu’interprète Anconina entre en contact avec « p’tit Claude » en braquant les hommes de celui-ci et violentant l’un d’eux avec une bouteille. Cette scène, bien filmée, a un dénouement peu plausible, car cette violence (pas tout à fait gratuite) nous fait passer ces brigands pour des gens qui voient en la violence, matière à respect – c’est d’ailleurs une constante dans les films où un prétendu code de l’honneur régit la vie des criminels. La deuxième scène est celle de la fellation forcée au poste de police, scène un peu gratuite…mais peut-être en phase avec les coutumes policières ce ces années là. Au-delà, de l’action, du scénario, du jeu des comédiens (ils sont tous excellents – presque tous « vus à la télévision »), des qualités formelles du film (de jolies couleurs sombres et bleutées), ce film est surtout une réflexion sur la police et sur sa façon de régner sur tout ce monde interlope, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Dès lors, le film, qui lorgne assez volontiers sur l’œuvre de Melville et sa nostalgique évocation d’une police et d’une morale aujourd’hui révolue, nous interroge sur cette question : Peut-on régner innocemment ? Et c’est là que la police ne sait pas sur quel pied danser ! Quelles méthodes utiliser pour enrayer la criminalité lorsque celle-ci arrive à s’immiscer dans les rouages les plus intimes de la justice : utiliser des taupes ? Collaborer avec des truands ? S’investir dans les milieux du crime organisé, de la prostitution ? Et comment traiter les criminels : avec toute la palette de l’arsenal législatif et judiciaire ou à coups de poings, d’armes à feu, de torture psychologique ou physique. Olivier Marchal est d’abord tenté de répondre par une locution, un proverbe bien connu : « nécessité fait loi ». En effet, les deux héros, flics infiltrés, commettent des crimes et subissent des sévices, du milieu , tout d’abord, mais aussi et c’est le plus intéressant de la part de la police, censée être là pour protéger les gens. Flics et truands usent des mêmes artifices pour arriver à leur fins, les premiers se mettant, si l’on peut dire, au diapason. C’est là que Gangsters se pare des plus beaux atours de la doctrine de Machiavel, qui dans le Prince, énumère les moyens (tous ceux dont il dispose) dont dispose un seigneur pour conserver son domaine. La police fait de même pour mettre de l’ordre, à la fois dans sa maison et dans la rue. Plus tard, le film prend un tour Melvillien, lors d’un dialogue entre le flic en mission et le flic ripoux : 1 : « Quand on parle trop, on est réduit au silence. C’est un vieux braqueur qui m’a appris ça » 2 : « Un vieux braqueur cultivé, en tout cas, qu’a lu Lao Tseu » Lao Tseu est un philosophe taoïste chinois, probablement archiviste, si vieux qu’il apparaît comme l’un des maîtres spirituels de Conficius (lui-même antédiluvien). Son école philosophique basée sur la « non-intervention » (qui s’oppose au dirigisme confuséen) place la vertu au cœur de son action philosophique et politique. Jean-Pierre Melville empreinte, d’ailleurs, lui-même, à Lao Tseu la notion de Cercle Rouge, est-ce une citation, un hommage ? En insérant cette phrase, référence avouée au taoïsme, ou tout du moins à Melville, Olivier Marchal semble nous dire que même au sein de la noirceur la plus opaque, la plus dure, les flics sont toujours en quête de la vertu, d’une impossible virginité, qu’ils naviguent à vue et en eaux troubles. Il n’est d’ailleurs pas question de bien ou de mal, ce que le personnage de Babar confirme à celui d’Anne Parillaud, « y’a pas de méchants, y’a pas de gentils….y’a que de flics ». Ainsi, la police oscille entre quête taoïste et machiavélisme, entre philosophie chinoise antique et gestion d’une cité italienne...Peut-être la fascination, réelle, que nous éprouvons pour la police – il suffit pour s’en convaincre de comptabiliser le nombre de séries, de films de toutes nationalités qui aborde la vie de flics, ordinaires ou d’élites- provient de cette incertitude, évoquée par le personnage de R. Anconina avec cette réplique laconique (et un peu foireuse mais pleine de sens) : « Etre flic, c’est s’embarquer pour nulle part avec l’intention de se perdre ». Reste qu’Olivier Marchal essaye de nous vendre, avec succès, la mythologie de la flicaille, car s’en est une, comme si la société voulait exorciser le manque de considération pour ces fonctionnaires, par une surexposition cinématographique et télévisuelle. |
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Critique écrite par maggioagostino le 23/01/05 à 01:21 |
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Editée le 09/02/10 à 02:02 © AVISCINE : Un autre avis sur le cinéma http://www.aviscine.org |